Guerres Sacrées

Première Guerre Sacrée: La concurrence sur la plaine de Krissa

Au début du VIème s. av. J.-C., a eu lieu la Première Guerre sacrée mentionnée dans les sources comme agon de Kirrha ou de Krissa et opposant les habitants de Kirrha et les Amphictyons. La cause était l’épreuve de l’Amphictyonie Pylaio-delphique, où les Thessaliens avaient la majorité, de contrôler la “terre sacrée” (ou “plaine de Kirrha”) d’Apollon. La guerre a abouti à la destruction de la ville. A la fin de la guerre sont aussi organisés les premiers Jeux Pythiques.

La plupart des chercheurs ne conteste pas ce conflit, mais ils ne sont pas d’accord par rapport aux faits, comme ceux-ci sont décrits par les sources; on exprime l’idée que des nombreux éléments, comme l’intervention de Solon et la durée décennale de la guerre sont des éléments dans la sphère du mythe. 

A la base des sources, qui datent après la guerre, celle-ci a commencé sous prétexte des attaques pirates des habitants de Kirrha contre les pèlerins qui se rendaient à Delphes. Le conseil des Amphictyons a décidé de punir les habitants de Kirrha. Les Thessaliens Eurylochos et Hippias étaient les chefs de l’attaque et les Athéniens ont envoyé un corps sous Alcméon, alors que le tyran de Sikyon Clisthène a bloqué la ville par la mer, et donc il a été rémunéré avec le tiers du butin. Il fut interdit de cultiver les terres de la ville et celles-ci furent dédiées à Apollon, Artémis, Létô et Athéna Pronaia, pour le pâturage des  animaux destinés à être sacrifiés. Les habitants de Kirrha se sont réfugiés à la montagne de Kirfi et les derniers points de résistance furent éliminés après cinq ans. Selon Pausanias, Solon a joué un rôle important dans la victoire, car il a “inventé l’astuce suivante: l’eau du Pleistos, qui se dirigeait par un canal dans la ville, a été tourné vers une autre direction. [...] Solon a alors versé dans Pleistos des racines d’ellevoros, et quand il fut établi que l’eau avait reçu assez de drogue, on l’a détourné de nouveau dans son canal. Les habitants de Kirrha buvaient l’eau et à cause de la diarrhée incessante qu’elle leur a provoqué, ils ont abandonné la garde de la muraille” (Phocica 37,7).

Vers la fin du VIIème s. av. J.-C., l’oracle de Delphes, avec son intervention dans la colonisation, avait acquiert une telle réputation justifiant l’effort de certaines villes ou associations de le mettre sous leur contrôle. La Première Guerre sacrée et la restructuration de l’Amphictyonie conséquente ont fait Delphes le point de prédilection pour la rencontre des ennemis lors des guerres. Comme attestent les trouvailles archéologiques, la présence des Athéniens et des autres villes ioniennes à Delphes est accentuée durant le VIème siècle av. J.-C. Les Jeux Pythiques, qui étaient initialement limités aux jeux musicaux, acquièrent lors de cette période une importance panhéllenique.

Deuxième Guerre sacrée

En 457 av. J.-C., après la Bataille d’Oinofyta, les Athéniens, ayant contrôlé la Béotie et la Phocide, ont décidé de détacher la ville de Delphes de l’Amphictyonie Delphique et de la délivrer aux Phocidiens. La raison principale en était le désir des Athéniens de contrôler le sanctuaire, c'est-à-dire d’avoir la Promantie (ordre de passage déterminé par les prêtres), mais la prétexte en fut la disposition positive envers le Perses qu’a affiché l’Amphictyonie. La date où le sanctuaire est revenu aux Phocidiens est documentée par les monnaies en argent qu’ils avaient coupées et qui portent la tête d’Apollon, accompagnée par une lierre ou une lyre.

Ce fait a provoqué la réponse de Sparte, qui voulait aussi la Promantie et le résultat fut l’éclatement de la deuxième guerre sacrée entre les Athéniens et les Spartiates en 448 av. J.-C.

La guerre n’avait pas une longue durée. C’est Thucydide (Α 112) qui parle surtout des événements de la guerre; selon lui, les Spartiates ont envoyé une armée à Delphes et ils ont rétabli la ville dans son état antérieur. Suivant ces événements, Périclès a entrepris une campagne à Delphes et il a livré la ville de nouveau aux Phocidiens. Dans son œuvre sur la vie de Périclès (Vies Parallèles, Périclès 21), Plutarque en fait la même mention.

Les Phocidiens ont tenu à l’Oracle jusqu’en 421 av. J.-C., quand il a gagné son indépendance suivant la paix de Nicias.

Troisième Guerre Sacrée (356-346 av. J.-C.)

En 362 av. J.-C., les Phocidiens, qui étaient à l’époque des alliées des Thébains, ont repris leur promesse de renforcer l’armée thébaine lors de sa campagne dans le Péloponnèse. Les Thébains ont décidé de les punir, en les accusant de sacrilège auprès du Conseil Amphictyonique, car ils avaient cultivé une partie des champs sacrés de Delphes. Le Conseil Amphictyonique de 356 av. J.-C. a décidé de leurs infliger une amende considérable, que les Phocidiens ne pouvaient pas payer. Dans une réunion où il fut invité, Philomélos, originaire de la ville Lédon, a persuadé les Phocidiens de résister et d’occuper Delphes. De cette manière ils pourraient annuler cette décision négative. Les Phocidiens ont élu Philomélos comme général, afin qu’il puisse chercher de  l’aide auprès les Spartiates. Ces derniers, étant des ennemis des Thébains depuis longtemps, ont offert aux Phocidiens le montant de 15 talents pour l’organisation de leur armée, avec laquelle ils ont parvenu à occuper le sanctuaire de Delphes. Philomélos a alors fortifié Delphes et il a détruit la pierre où était gravée la décision sur la punition des Phocidiens.

Juste après cela, les membres de l’Amphictyonie Delphique, sous la direction de Thèbes, ont déclaré la guerre contre les Phocidiens. Les Athéniens ont devenu les alliés de ces derniers, tout comme les Spartiates et les tyrans des Pherai en Thessalie. Pendant la première année de la guerre, les Locriens d’Amphisse ont essayé de prendre le Sanctuaire mais ils furent repoussés par les forces de Philomèlos. Un an après, durant la bataille qui a eu lieu près de Tithorée contre les Béotiens, Philomèlos fut tué et il fut succédé  par Onomarchos qui, en utilisant de l’argent des trésors delphiques, a fondé une armée puissante de mercenaires et il a commencé de fortifier les villes Phocidiennes. Il a marché  contre les Locriens Epiknémidiens avoisinants et il a occupé Thronion, ainsi que contre la Doride et contre la Béotie, en prenant Orchomène. Par la suite, il s’est tourné contre la Thessalie, provoquant l’intervention des Macédoniens pour la première fois.

En 354 av. J.-C., les Macédoniens de Philippe ont marché contre les Phocidiens, ce qui a constitué la première intervention des Macédoniens aux événements de la Grèce du sud. Initialement, les Macédoniens furent vaincus dans deux batailles par les Phocidiens. En 355 av. J.-C., Philippe a parvenu à s’imposer sur les Phocidiens, lors de la bataille à Krokion Pedion, près du golfe Pagasétique. Onomarchos s’est tué dans cette bataille et il a été succédé par Phaillos. Par la suite, Philippe s’est tourné contre la Phocide. La descente des Macédoniens dans la Grèce du sud a inquiété les Athéniens, qui se sont précipités à confronter les Macédoniens à Thermopyles et ils ont parvenus à les arrêter. Phaillos fut tué l’année suivante et Phalaicos est devenu chef des Phocidiens. Sous ses ordres, les Phocidiens ont fait plus tard une campagne infructueuse contre la Béotie. Par contre, ils ont parvenu à préserver leurs acquisitions pendant ce temps. La paix de Philocratès signée entre les Athéniens et les Macédoniens a isolé les Phocidiens qui sont restés sans alliés. Finalement en 346 av. J.-C., ils se sont capitulés. La pénalité imposée était très lourde car ils furent obligés de payer 60 talents annuellement afin de rembourser les trésors qu’ils ont enlevé de Delphes et ils furent dépourvus du droit des deux votes dont ils disposaient au Conseil Amphictyonique et lesquelles furent données aux Macédoniens (Diodore 23-27).

Quatrième Guerre sacrée (339-338 av. J.-C.)

Lors de la reconstruction du Sanctuaire d’Apollon après la Troisième Guerre Sacrée, les Athéniens ont érigé de nouveau la dédicace qu’ils avaient offerte après les guerres Médiques, par laquelle ils accusaient les Thébains de médisme. Lors du Conseil Amphictyonique de 340 (ou 339) av. J.-C. et incités par des Thébains-sympathisants de Philippe, les Locriens d’Amphisse ont proposé de condamner les Athéniens à  une amende de 50 talents, sous pretexte que le rétablissement du dédicace à une époque quand Delphes fut contrôlé par les Phocidiens était une impiété. Avec Eschine comme intermédiaire, les Grecs ont prouvé que c’était en effet les  habitants d’Amphissa qui devraient être accusés d’impiété, car ils ont trépassé les champs sacrés de Delphes. Le Conseil Amphictyonique a alors décidé de se réunir dans un contexte extraordinaire dans deux ou trois mois. Les Athéniens et les Thébains n’ont pas envoyé de représentants. L’Amphictyonie Delphique a confié le commandement de la campagne à Philippe, qui a prit Amphisse et a affronté la coalition des villes de la Grèce du sud, qui s’est composée afin de lui faire face. Philippe a vaincu à la bataille de Chéronée, ce qui a marqué le début de l’hégémonie macédonienne dans la Grèce entière.

Texte: Dr. Kleopatra Ferla, Historienne, Dr. Aphrodite Kamara, Historienne
Traduction: Dr. Aphrodite Kamara, Historienne